[Critique] MOI, TONYA

CRITIQUES | 21 février 2018 | Aucun commentaire
Moi-Tonya-poster

Titre original : I, Tonya

Rating: ★★★★★
Origine : États-Unis
Réalisateur : Craig Gillespie
Distribution : Margot Robbie, Sebastian Stan, Allison Janney, Paul Walter Hauser, Julianne Nicholson, Mckenna Grace, Caitlin Carver…
Genre : Biopic/Drame/Comédie
Date de sortie : 21 février 2018

Le Pitch :
1994. Alors en pleine préparation des Jeux Olympiques, la patineuse artistique Nancy Kerrigan est victime d’une agression. Rapidement, sa compatriote, la patineuse Tonya Harding est soupçonnée d’avoir planifié l’attaque. Une championne sous les feux de la rampe, qui revient de loin. De très loin. Histoire vraie…

La Critique de Moi, Tonya :

Moi, Tonya est un biopic. Son sujet principal : Tonya Harding, une championne de patinage artistique pas comme les autres, issue de l’Amérique d’en bas. Un film qui s’articule tout particulièrement autour de l’affaire qui a vraiment rendu célèbre la championne. Pas une compétition ou un exploit, mais cette fameuse agression perpétrée sur sa concurrente, Nancy Kerrigan, en 1994, qui à l’époque, choqua l’opinion publique et fit de Tonya l’une des célébrités les plus détestées d’Amérique…

Moi-Tonya-Margot-Robbie

Moi, Margot

Certains acteurs passent toute leur carrière à la recherche du rôle. Du rôle qui va inscrire leur nom en lettres de feu dans la légende du cinéma. Certains le trouvent, une fois, deux fois, trois fois, et d’autres jamais. Le rôle qui change tout. Qui redéfinit l’image qu’on se fait de la star. Robert De Niro a eu Travis Bickle, avec Taxi Driver, Al Pacino, Michael Corleone dans Le Parrain, Julia Roberts, Erin Brokovitch dans le film du même nom, Jeff Bridges, Jeffrey Lebowski dans The Big Lebowski et Jodie Foster, Clarice Starling dans Le Silence des Agneaux. Pour Margot Robbie, il s’agit de Tonya Harding. Découverte par le grand public dans Il était temps, de Richard Curtis, au second plan, puis de manière plus flamboyante dans Le Loup de Wall Street, où elle crève l’écran, l’actrice australienne a ensuite enchaîné des rôles dans de grosses productions peu glorieuses, Tarzan et Suicide Squad, qui ne se gênaient pas de tabler sur son physique exceptionnel. Dans Moi, Tonya, c’est différent. Margot Robbie est incroyable. Complètement au service du personnage, qui il faut bien le dire, est parfait pour justement saisir la balle au bond et livrer une performance hors-normes, elle impressionne quasiment dès sa première scène, où, assise face caméra, elle revient sur son enfance et sur le fait qu’elle fut la première américaine à tenter et réussir un triple axel sur la glace. Le tout en rappelant qu’elle est une redneck et qu’elle assume complètement. Les yeux dans les yeux, la frange volontaire, le look improbable. Le film peut commencer. Elle en est la star. Le pivot, le moteur. L’élément central. Et si les choses sont bien faites, pour Margot Robbie, après un tel tour de force, les choses ne seront plus jamais les mêmes.

Coup monté

Qui aurait pu prévoir que Craig Gillespie, le réalisateur de Fright Night, le remake de Vampire, vous avez dit vampire ?, avait en lui un film comme Moi, Tonya ? Certes, on savait que le gars savait tenir une caméra, mais pas qu’il était capable de se hisser, d’un coup d’un seul à un tel niveau de maîtrise. Habité par son sujet, fort d’un scénario aux petits oignons, qui fourmille d’idées et d’audaces et dont l’une des grandes forces et de parvenir à dynamiter les codes du biopic pour mieux tracer sa route et tout de même brillamment raconter l’histoire qui est la sienne, Gillespie livre un long-métrage ébouriffant de maîtrise. C’est bien simple, on ne voit pas passer les 2 heures. Avec son montage très serré, sa façon de reconstituer toute une époque, sans avoir recours à des procédés tape à l’œil, aidé par une photographie pertinente, le cinéaste filme à hauteur de personnages, saisit les moments de gloire sur la glace, capture l’essence d’une tragédie tournant parfois à la comédie en coulisses, fait mine de s’approprier les ressorts du documentaire, mais là encore, se montre à tel point imprévisible, qu’à l’arrivée, son film ne ressemble qu’à lui même. Moi, Tonya, où comment dynamiter un exercice ultra balisé sans pour autant en zapper les étapes (on nous parle de l’enfance de Tonya, de son adolescence, etc…), sans en faire des tonnes, à l’image de Margot Robbie, et en se montrant incroyablement divertissant. Et si il est légitime de penser aux frères Coen, ce serait un peu injuste envers Gillespie de réduire sa prouesse au simple fait d’avoir réussi à singer efficacement les Coen. Non, c’est plus que ça. Moi, Tonya est un uppercut en pleine tronche pour diverses raisons. La mise en scène et l’approche de son réalisateur en son deux des principales.
Seul bémol : les effets numériques sont parfois un peu voyants quand Tonya Harding exécute ses figures sur la glace. Elle fut la première Américaine à tenter et à réussir un triple axel et visiblement des années après, c’est toujours aussi compliqué. Y compris pour de super ordinateurs.

Médaille d’or, genoux cassé et moustache disgracieuse

Le sujet de Moi, Tonya transcende tout. On sent clairement que toutes les forces en présence ont été portées par l’affaire au centre de l’histoire mais aussi par le formidable personnage de Tonya Harding. Une patineuse white trash, élevée par une mère tyrannique, surdouée sur la glace, femme battue, rebelle capable de patiner sur du heavy metal quand les autres optaient pour du classique, fonceuse invétérée, boxeuse pleine de hargne et finalement star de cinéma par procuration. L’exemple typique de la star justement devenue star pour de mauvaises raisons au cœur d’une Amérique friande de scandales, capable de porter quelqu’un au sommet pour mieux le descendre en flèche. Métaphore brutale du rêve américain, Moi, Tonya se saisit, avec une compréhension totale, de son sujet pour le transcender. Il se paye même le luxe de prendre partie pour Tonya Harding, alors que sa culpabilité fut prouvée et que si il est toujours légitime d’en douter, il est plutôt difficile de l’absoudre sans réserve quant à sa responsabilité dans l’affaire Kerrigan. Harding devient l’héroïne d’un conte déviant. Gillespie parvenant à nous faire ressentir de l’empathie pour elle. On la soutient. Dans sa lutte, ses espoirs, sa rage et ses déceptions, alors qu’elle peut aussi se comporter de façon abjecte. Rien de manichéen ici. Absolument rien. Pourtant, qu’elle soit coupable ou non, rien n’est excusé. Justice est rendue au personnage dans toute sa complexité.
Le film fonce donc tête baissée, porté par Margot Robbie, mais aussi par la performance jubilatoire d’Allison Janney en mère impitoyable, de Sebastian Stan, brillant en mari pathétique ou encore du méconnu Paul Walter Hauser (un transfuge de la série Kingdom), dont toutes les interventions valent leur pesant de cacahuètes.
Furieusement drôle, jubilatoire au possible, rock and roll, triste, tragique même, difficile et flamboyant, Moi, Tonya avance à contre-courant, défie les clichés, en atomise d’ailleurs quelques-uns au passage, se montre spectaculaire et passionnant et s’impose à l’arrivée, comme une authentique leçon de cinéma. On savait que ce serait sûrement bien, mais à ce point…

En Bref…
Biopic fou furieux, habité par la performance d’une Margot Robbie absolument incroyable et d’une poignée d’acteurs parfaits, Moi, Tonya fait plus que lever le voile sur l’un des scandales les plus retentissants du monde du sport des 90’s. Il se pose comme un bon gros morceau de cinéma. Comme un film rapide et furieux, jouissif et pertinent, farci à raz la gueule de brillantes idées (comme cette façon de briser le quatrième mur) et parfaitement ancré dans son époque. Un tour de force. Un vrai. En plus, la bande-originale est savoureuse à souhait.

@ Gilles Rolland

Moi-Tonya-Margot-Robbie-Sebastian-Stan   Crédits photos : Mars Films

Par Gilles Rolland le 21 février 2018

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